vendredi 23 mars 2012

"Ce que disent les Parisiens" : enfin, ce que j'en dit. Retour sur le phénomène des "Shit People say"




Tout le monde en parle. C'est la tendance de ce début d'année. Des formats courts, légers et bavards intitulés "Shit people say". Ces compilations de petites phrases toutes faites, de stéréotypes se sont répandues à la vitesse grand V depuis deux mois.
Le phénomène  s'est fait connaître en France le mois dernier avec une petite vidéo pleine d'humour lancée par "My little Paris", un blog, animé par une jeune femme branchée qui s'intéresse aux bonnes adresses mode, déco et gastro. Fany Péchiodat, sa fondatrice, a rassemblé toutes une série de clichés sur les habitants de la capitale, des expressions toutes faites typiques des bobos parisiens. Un petit exercice d'observation, d'auto dérision. Puis elle s'est mise en scène avec quelques amis, face caméra dans des lieux emblématiques pour se moquer de tous ces petits travers. Résultat, un petit clip de deux minutes qui a rencontré un très bel accueil sur la toile. Entre ceux qui se sont reconnus dans ces attitudes caricaturales, ceux qui rient du snobisme de ces personnages coupés de la réalité, près d'un million de personnes se sont délectés de ces petits sketchs.
Faut dire que les tics ainsi interprétés par les membres de l'équipe de ce site bien connu pour son esthétique soignée, ses aquarelles et ses billets intimistes sonnent justes. "L'hallu", "Mais c'est énorme", "La meuf qui m'en envoie une invitation en banlieue, trop relou","J'ai envie de vacances", "J'ai envie de tout plaquer","Je vais ouvrir des chambres d'hôtes dans le Périgord","Je me suis trouvé un petit maraicher bio, c'est du tonnerre","Je ne sais pas, moi je ne lis que Télérama", "c'est so 2010", "Le 20 ème, c'est le nouveau 12 ème", "Ok, à tchatchaochao".
Autant de gimmicks  tellement entendus, tellement rabâchés qu'ils ne veulent plus rien dire. Sauf qu'ils témoignent de la vie de personnes coupées du monde, de la nature, et qui tournent en vase clos, bourrés de préjugés et de clichés.




Pas loin d'un million de vues. Le buzz incroyable a immédiatement dopé la réputation du site "art de vivre". Et dans la foulée, ses créateurs ont enchainé avec une nouvelle vidéo virale sur les idiomes du monde du travail. La première n'avait pris que deux jours de tournage, et deux jours de montage, alors rebelote. L'équipe du site féminin est allé refrapper à la porte de la boite de production située juste en face de leurs locaux, sur le palier. Avec le désir de se moquer cette fois-ci du jargon des métiers de la communication. A la manière des "Inconnus" qui dans les années 1980 se bidonnaient des "je suis charrette déborded" utilisés par les créatifs de la pub. "Ce que disent les Parisiens au bureau..." rencontre le même succès.  "Je suis overbooked", "les sushis, j'en peux plus","Il a envoyé un mail à son n plus 3 sans mettre son n plus 1 en copie". Un petit tableau de la vie au bureau avec des employés qui passent leur temps à se protéger, à utiliser des anglicismes pour se faire mousser ou à s'occuper de leur petite personne plutôt que de bosser. Une petite satire de gens qui se lamentent sur eux-mêmes et qui se trouvent des alibis bidons pour se décharger d'un projet. Une galerie de portraits réaliste qui n'aurait pas déplu à La Bruyère. 


La mode était lancée. Dans la foulée de ces petits sketchs, les internautes ont découvert sur Youtube.com d'autres films tournés dans le même esprit et notamment une pépite plutôt bien réalisée par des jeunes assez doués : "Shit Parisians say". Une revue de stéréotypes . "Je n'entends pas, je suis dans le métro", "j'en ai marre, je m'achète un scoot.", "Je t'entends pas, je suis en kit main libre", "C'est juste pas possible", "Je suis allé à l'avant première", "Surfait", "Je sens qu'il y a une âme dans ce quartier, j'adore". Le petit plus de ces jeunes comédiens : des séquences sans parole où on les découvre en train de trépigner en attendant leur rame de métro ou de s'énerver sur un vélib qu'ils n'arrivent pas décrocher.
Autre tableau, encore plus caricatural, presque trop : "ce que disent les meufs", une revue d'attitudes observées chez les filles qui a fait un tabac lors de la Saint-Valentin. "Je vais prendre une salade", "Mais il est où mon portable", "Pourtant j'étais sûre que c'était à gauche".



Ces petits scenettes sont en fait des déclinaisons d'un concept apparu cet hiver outre-Atlantique avec une série de vidéos, les "Shit people say", des compilations de phrases récurrentes prononcées sans réfléchir dans certains univers ou dans certaines conditions. Les Français les ont découvertes grâce à des vidéos de French Fried TV lorsque les Américains se sont mis à tourner en dérision les petites habitudes des Français. Deux vidéos qui ont fait du bruit sur le net et qui ont suscité la curiosité de ceux qui voulaient savoir comment on était perçu aux Etats-Unis. Les acteurs reprennent les phrases qu'ils ont entendu dans les soirées parisiennes. A les regarder, on sent pas de vécu. Des répliques qui ne sont pas toujours très élégantes mais que nos amis ont été intégré au fil des "résoi". "A la tienne", "à la notre","Salut mon gros", "C'est la vie, mon ami", "c'est quoi que tu sniffes", "tu prends ton manteau et on s'en va." "Franchement, c'était mieux avant". Ces petites comédies imaginées par Robert Hoehn en disent long sur nous, (enfin comme dit le réalisateur Andrew Brooke "Ok! mostly Parisian") sur la vie des Américains de passage dans la capitale.



Aux States, tout a commencé avec les "Shit Girls say" des comédies en forme de blague qui ont fait le buzz et ont ensuite été reprises, détournées et étendues aux grosses, aux végétariens, aux afro-américains, aux mannequins. Et à bon nombre de situations improbables...Le premier épisode portait sur les  tics des filles dans les grandes villes américaines. "Tu t'y connais en ordinateur", "Je peux te demander une faveur". Avec des gymmicks made in USA  : "Shut up" joué comme il faut les yeux au ciel. Les dialogues de Kyle humphrey et Graydon Sheppard ont fait mouche et d'autres épisodes ont vu le jour.
 


D'autres numéros et comme très souvent des parodies. Le plus marrant est sans celui réalisé sur les moines. Des religieux qui ont la particularité de préférer le silence aux paroles. "Shit monks say", réalisé qu'avec des bruitages, des ronflements, des sifflements d'oiseau, des pets... A voir.





Toutes les tribus, toutes les communautés ont ainsi été l'objet de ces regards amusés. Les top modèles en ont ainsi pris pour leur grade. "No way". Depuis trois mois cela n'arrête pas. Tantôt de la part de professionnels de l'humour, tantôt d'amateurs qui ont envie de se défouler et de rire d'eux-mêmes. A tel point qu'aujourd'hui, il y a les versions officielles. 




Les "Shit people say" sont devenus une mode sur le web. Le meilleur côtoie le mauvais goût. 
Pas toujours facile à avaler, ps toujours digeste. Comme cette dernière sur la fellation. qui a de quoi vous mettre à genoux.. Comme quoi, le phénomène n'a plus de frontière et de tabous... Et il y a fort à parier qu'on en entendra pas mal 
parler dans l'Hexagone  durant les semaines à venir...









vendredi 16 mars 2012

"Le slip français" et ses campagnes culotées


C'est la fête du slip. Encore inconnue, il y a quelques semaines, une petite marque de sous-vêtements made in France est en train d'exploser grâce à des campagnes virales plutôt culotées. Grâce à une petite parodie originale du clip de campagne de François Hollande mise en ligne le 8 mars dernier, "Le Slip Français" bénéficie maintenant des faveurs des médias. A peine 26 000 vues sur You tube mais des reprises partout. Sur les grandes chaînes hertziennes (Canal Plus, France 2), les radios nationales (RTL, Europe 1 ) et la presse spécialisée avec des titres réputés comme "L'entreprise" ou "Stratégie". Même la très sérieuse LCP en a parlé.


 
 
 Cet excellent buzz  s'explique avant tout par un bon tempo. En période de campagne, les médias rendent comptent  des meetings, décortiquent les programmes des prétendants, vont un peu partout en France pour connaître les aspirations des électeurs. Mais ils ne rechignent pas à détendre un peu l'atmosphère avec des perles souvent dénichées sur internet. De fait, l'entreprise a bénéficié d'un coup de phare lié à la campagne. Créée en septembre dernier, la société a su créer le buzz et profiter de la forte attention portée sur les élections.


Dès sa création en septembre 2011, "Le slip français" dont les ateliers sont basés en Dordogne s'est fait l'apôtre du "made in France". Avec son logo en forme de cocarde, ses coloris bleu-blanc-rouge, la société  qui fabrique ses collections à Saint-Antoine-Cumond a rapidement compris qu'elle pouvait tirer profit du débat sur "le produire et acheter en France" lancé cet automne par François Bayrou. L'entreprise s'est engouffrée dans la brèche et surfe depuis sur la vague des élections. Attention l'orthographe. Elle ne manque pas d'air.


 "On avait envie de s'amuser avec la campagne présidentielle, raconte Guillaume Gibault, le jeune entrepreneur de 26 ans à l'origine du projet. On a transformé toutes les affiches des candidats en ajoutant le mot slip dans les slogans. Depuis, le nombre de visiteurs du site a été multiplié par deux. " Un grand boom lié à la mise en ligne. Bien que la société brandisse l'étendard des sans-culotes, vidéo slip n'a rien de révolutionnaire : manque de rythme, images trop compressées, mixage à l'arrache. Mais le clin d'oeil a tout de suite fonctionné, correspondant parfaitement à l'air du temps. Comme quoi on peut avoir un budget pub réduit et "boxer", si je peux dire, dans la cour des grands.


"Le slip français", c'est l'histoire d'un jeune qui ne manque pas de culot. Au lieu de se tourner vers la finance ou le marketing comme la plupart de ses condisciples, Guillaume Gibaut, tout juste sorti d'HEC envisage de créer son entreprise à la sortie d'HEC. D'entrée, il se positionne haut de gamme et mise sur le savoir faire d'un atelier spécialisé dans la maille, un peu rétro.
 Bien lui en a pris. 5.000 exemplaires de ces dessous chics et un brin rétro ont déjà été vendus. Pourtant, à 20 euros l'unité, l'objet n'est pas donné... " Un caleçon Calvin Klein coûte plus cher, commente Guillaume Gibault. Et 28 euros pour du fabriqué en Chine, c'est beaucoup ! "



Pour ce jeune diplômé  en 2009, le made in France n'est pas l'unique argument de vente. Il se dit persuadé que tout peut se vendre à condition de savoir y ajouter le storytelling nécessaire. " La marque est née d'un pari avec un ami. J'étais en train de travailler sur un autre projet : le développement d'une marque de bagages entièrement fabriquée par des artisans français. J'ai voulu lui prouver qu'en racontant une bonne histoire, ça pouvait marcher. "Il est autant dans le savoir faire que le faire savoir.



L'histoire du "slip français", c'est un mélange subtil d'humour, de fierté franchouillarde et de qualité appliqués à un produit décalé. D'habitude, lancer une ligne de sous-vêtement est toujours assez coton. Ceux qui s'y risquent, ont vite fait de se retrouver en caleçon tant les coups sous la ceinture et les concurrents sont nombreux. La célèbre Zahia en sait quelque chose. Le marché du slip a beau représenter 250 millions d'euros, soit un tiers de la lingerie masculine vendue. C'est un marché glissant. Il ne faut pas oublier que to slip en anglais signifie glisser.
En jouant sur le 2.0, Guillaume, conquérant, s'est vite fait un nom. Faute de pouvoir bourse délier, il a joué le buzz et il est en passe de ramasser la mise. Car il n'entend pas s'arrêter là puisque cet as du détournement aimerait bien proposer à Jean Dujardin ou Romain Duris de devenir l' égérie de la marque. 





Attention, le pari du haut de gamme n'est pas pour autant gagné. Notoriété ne signifie pas vente assurée...  Les Français dépensent seulement 25 euros par an pour leurs sous vêtements. Soit environ cinq modèles puisque la plupart de nos compatriotes achètent des lots de plusieurs pièces, pas chers. Guillaume Gibaut espère inverser la tendance. Ne dit-on pas "Si l'amour est aveugle, pourquoi les marques lingerie sont-elles aussi populaires?"Batman met bien un slip sur son pantalon...


lundi 12 mars 2012

"The snow must go"... : un road trip freeride en Autriche


"I am back". Avec un petit souvenir de vacances. Une vidéo amateur sans prétention. Neuf minutes de bonheur. Du ski comme on l'aime. Comme il devrait toujours être. Simple, sportif avec toujours un grand "smile". De la neige, du soleil et cinq copains toujours partants pour aller chercher la poudreuse là où elle se trouve. Un  road trip entre amis en Autriche, entre Silbertal, Montafon Silvretta, Lech, Zürs, Zug, Sankt-Anton. L'idée de départ, simplisime : partir vers l'Est et aller de spot en spot en fonction de la neige. Sur la route : un spot méconnu, Montafon Silvretta, bourré de poudre et oublié des riders et une des plus grandes stations d'Europe, Sankt Anton dans l'Arberg, réputée pour ses couloirs et son après-ski exceptionnel.  Et à l'arrivée : une semaine bien dans l'esprit freeride, faite de délires en montagne et de bonnes parties de rires. Et des rencontres sympas : des Allemands ultra accueillants, un Japonais parti à l'âge de 12 ans pour peaufiner sa technique avec les meilleurs skieurs d'Europe et des chamois joueurs. Encore plus surprenant : des policiers surpris de nous voir dévaler, "full speed", une face très rarement empruntée et disparaître dans une rivière après avoir cheminé dans la forêt. Un curieux comité d'accueil mais finalement super bienveillants. En fait, ils voulaient savoir qui étaient ces gentils fous.  Venus pour nous retirer notre forfait, ils sont  repartis au bout d'un quart d'heure de discussion après nous avoir indiqué de nouveaux itinéraires jugés "plus safe"et plus "éco responsable".


" The snow must go on..." Un clin d'oeil aux énormes chutes de neige du début de l'hiver et au désespoir qui guette les passionnés, ceux qui s'arrachent les cheveux, les yeux rivés sur la météo, matin et soir, depuis trois semaines. Un film fait maison, histoire de tester en conditions réelles ma nouvelle caméra, la dernière Go Pro HD Hero 2. Petite innovation, un harnais sur le torse pour pouvoir déclencher dès que l'envie s'en fait sentir et donner un point de vue subjectif, une sensation de caméra embarquée. Et pour avoir une idée nette du rendu :  un logiciel de montage très accessible : iMovie... Seule fioritures pour la touche personnelle, la bande son calibrée pour ce type de voyage : "Les grandes vacances " de Raymond Lefevre, "Shut up and let me go" des Ting tings, "Should I stay or Should I go"  des Clashs et "Devil's on the dance floor" des Flogging Molly. Tout un programme.



Résultat concluant : à condition de varier  les angles, (encore pas assez diversifiés à mon goût) et de l'utiliser comme une vraie caméra avec des plans large  pour restituer le contexte des descentes et de prendre des images de face pour apporter un contre champ... Le point est incroyable. Même à pleine vitesse. De près, de loin. Sauf en basse lumière. Les images de soirées à l'intérieur donne des images qui bavent sans grande précision. Reste la manipulation. Les menus et la prise en main sont étonnamment  compliqués et vieillots. Le logiciel semble avoir été fait par un informaticien des années 1980. Etrange vu la qualité de l'optique et sa réputation. Vous manquez une étape dans la navigation pour paramétrer l'appareil et  vous voilà obligés de refaire tout le chemin depuis le début. Et si vous mettez de coté toutes les options pour simplifier vos tournages en ne gardant qu'un mode on off , un seul bouton pour allumer et éteindre, vous n'êtes pas à l'abri de tourner sans le vouloir et blinder votre carte mémoire. A titre d'exemple quand vous voulez enlever ce réglage, vous êtes obligé de tourner pour parvenir à le supprimer, c'est dire si ce n'est pas difficile de faire plus intuitif.


 Autre point faible, les fixations. En main, la HD Hero 2 est une caméra très légère, de toute petite taille et aisée à déplacer. Pour la placer sur un casque et avoir les mains libres, c'est moins évident : les attaches sont très fragiles (j' ai cassé les deux branches tout en faisant très attention). Il est difficile de voir si l'appareil tourne ou non. Les riders ne peuvent pas jeter un coup d'oeil sur l'écran de contrôle et le poids du boîtier pèse sur l'avant de leur casque surtout quand ils sautent ou que le terrain les secoue. Le harnais placé sur le torse balaie amplement ces problèmes mais plus bas, n'offre pas la même vision subjective, la vision que peuvent avoir les sportifs au cours de leurs efforts.



Quoiqu'il en soit, même si de près, le grand angle donne un rendu fish eye, qui transforme en ballon le visage des personnes que vous filmez. c'est un beau bijou qui défie l'imagination des cinéastes de tout poil. En surf, en roller, en chute libre, en moto. De quoi trouver de nouveaux points de vue, donner à vivre à tout ceux qui ne pratiquent pas les sports de glisse les sensations des plus passionnés d'entre nous et griser les réalisateurs qui doivent dépasser la contrainte de la focale fixe en faisant preuve de créativité pour raconter leurs histoires.  L'objet est encore perfectionable mais c'est ma cam !!!


Never stop running.... with Fabrice Paillous from Jean-Marc Paillous on Vimeo.



 Galerie de photos  de ce petit voyage :

La vallée de la Silvretta. Photo : Nicolas Baranger / Punk Rock Photos

Huby, la célébrité  de Montafon. Photo : Nicolas Baranger / Punk Rock Photos

Jean-Marc Paillous et son harnais GO Pro. Photo : Nicolas Baranger / Punk Rock Photos

Pierre Sellier, télémarkeur émérite. Photo : Nicolas Baranger / Punk Rock Photos

Huby, 27 d'ans d'expérience. Photo : Nicolas Baranger / Punk Rock Photos

Pierre Sellier, tout en syle. Photo : Nicolas Baranger / Punk Rock Photos
Encore deux clichés, le télémark vu par Nicolas Baranger. Histoire de finir avec une touche de couleur.

Pierre Sellier dans ses oeuvres. Photo : Nicolas Baranger / Punk Rock Photos

Du télémark avec des S7  : chapeau! Nicolas Baranger / Punk Rock Photos








samedi 25 février 2012

Les Red Hot Chili Peppers sortent un clip qui arrache. Retour sur les vidéos interactives et la création 2.0




"Ajoutez un peu de piment à vos films... Ajoutez y de l’interactivité." Tel semble être le maître mot du mois. A l'image du dernier clip des Red Hot Chili Peppers qui arrache, la tendance est depuis quelques temps à la vidéo enrichie. La vidéo 2.0 :  celle dont vous n'êtes pas seulement  spectateur mais acteur.  Pour faire la promotion de leur dernier titre, les rockeurs ont imaginé un film à la carte, un film dont vous êtes le réalisateur. Vous ne savez pas piloter des caméras à distance, vous n'avez pas de script, vous ne connaissez pas le travail en régie? Peu importe.


 Au départ quand on regarde le spot des stars américaines, rien de bien normal, « Look around » se présente comme un clip classique où l'on voit les musiciens jouer chacun de leur instrument. Mais quand par magie, on passe la souris sur l'écran ou quand on clique sur une icône ( pas le chanteur, un logo), d'infinies possibilités s'ouvrent à vous.
Vous pouvez zoomer dans l'image pour aller chercher un détail. A l'instar d'un assistant réalisateur, vous pouvez fureter sur le plateau  et regarder ce qui se passe  à droite ou à gauche. Vous avez envie de passer d'une pièce à l'autre, d'un musicien à l'autre, qu' à cela ne tienne. En tout, quatre points de vue sont disponibles, libre à chacun de pianoter et de faire sa propre captation depuis son clavier d'ordinateur... Ludique mais instructif aussi puisque d'un simple geste, vous avez accès aux coulisses du tournage ( au choix des ambiances, de la décoration ou des photos et même découvrir des clichés insolites).
Une belle trouvaille de Robert Hales, réalisateur  anglais à succès qui a déjà reçu le MTV Vidéo Music Awarden 2006  pour son clip Crazy de Gnarls Barkley et qui mérite rentrer dans le Hall of fame du rock...


Dans le même esprit, au même moment, la Mission interministérielle de lutte contre la drogue a dévoilé sa dernière campagne interactive de prévention. Un court métrage de deux minutes qui montre l'envers du décor des petits trafic de drogue qu'on évoque la plupart du temps en souriant.


Là aussi, au premier abord, on est devant un spot de pub classique. Ambiance polar. Mais cela ne s'arrête pas là. Quand on regarde le clip sur le site dédié à cette opération de communication, en cliquant sur des petits oeillets blancs, au fil de la lecture des coupures de presse apparaissent relatant tel ou tel fait divers récents. Des rappels historiques pour rappeler  le caractère bien réel des scènes joués par les acteurs. Une machinerie stupéfiante. Innovante...



Le film réalisé par Julien Trousselier et mis en ligne sur YouTube le 13 février 2012 avait pour objectif de toucher les internautes concernés sans les mettre en pétard par le biais d'une fiction policière.  Et de manière subtile créer le buzz pour distiller de l'info via des tchats, une fois la souris passée sur les bulles d'aide. Un bon moyen pour répondre à leurs questions et évoquer avec eux certains aspects peu connus de la consommation de drogues notamment leur impact sur la santé,  l'environnement ou la vie scolaire. Avec une préoccupation : éviter qu'une simple activité récréative devienne une addiction et qu'à moyen terme des jeunes finissent shootés. Dans tous les sens du terme. Bref empêcher qu'à force d'abuser des rails, ils déraillent.


Une belle création mais pour moi, la meilleure réalisation reste une campagne de lutte contre l'alcool qui montre ce qui ce passe en soirée quand on boit trop. Dans un scénario traditionnel, on sympathise plein de compagnons beaux et intéressants, mais quand on pousse un peu trop le bouchon, les coulisses sont parfois moins glamour. Dans la réalité, on est parfois confronté à de mauvaises rencontres ou de mauvais trips. Cette animation en flash est un pur chef d'oeuvre. Il suffit d'un clic juste pour voir surgir la face b de la romance d'une soir.


Bien souvent on n'a pas conscience de son comportement quand on a bu. Même quand on a de la bouteille. De fait grâce à cette très belle réalisation danoise, bourrée de talent, on découvre que ce n'est pas toujours glorieux. 
La médaille a parfois un revers. Voici les deux faces du film.

   

Voici les deux réunies dans une animation qui reste une référence. Imaginée par une compagnie de bus néerlandaise, Movia, qui propose des bus de nuit elle n'a pas fini de me transporter. Une version vous pouvez trouver sur byturen.com. Véridique.

vendredi 17 février 2012

"La France forte", ça l'affiche mal : les multiples détournements du slogan de Nicolas Sarkozy



Jeudi 16 février 2012. Boulogne. Sur le plateau de TF1, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, annonce lâche une phrase pour le moins inattendue. "Oui, je suis candidat à l'élection présidentielle". Enorme coup de théâtre. Enfin presque.... Depuis une semaine, tout le monde connaissait l'adresse de son QG, le nom des membres de son staff et même son slogan de campagne. Et quel slogan. "La France forte", une formule soigneusement choisie. Une expression courte, pêchue, axée «davantage sur le pays que sur la personne du candidat» et «censée incarner une France qui, malgré la crise et l'enlisement de nombreux pays européens, n'a pas ployé durant le quinquennat». Ouah ! Une astuce pour ne pas attirer l'attention  sur la personnalité du candidat dont la côte d'amour n'est pas au plus haut et qui se comprend comme un défi à François Hollande présenté à contrario comme le tenant de la gauche molle.  



La formule répond à merveille aux règles d'or de la pub, aux légendaires 3 C cités dans les grands manuels de marketing : clair, court, cohérent. Aussitôt connu, ce choix est critiqué. Les spécialistes ont tout de suite reconnu un slogan employée par ... son adversaire, Ségolène Royal en 2007. "Plus juste, la France sera plus forte." Plus question d'être juste, simplement d'être fort. Un oubli qui en dit long, signe des temps...  



La formule imprimée sur fond rouge, sur fond bleu n'aura pas porté chance à la présidente de la région Poitou Charente.  Ni à celui qui l' avait utilisé avant elle, un autre président sortant... battu, lui, en 1981. Dans un  contexte de crise économique difficile,  Valery Giscard D'Estaing avait en effet fait campagne avec un slogan  original à l'époque «Il faut une France forte». Une dramatisation anxiogène et un appel du pied à celui qui devait apparaître comme un sauveur dans la tempête. Une référence à la France éternelle que le Chef de l'Etat est censé représenté et qu'il incarne depuis le début de son premier mandat. 


Résultat, le 21 mai 1981. 48% des voix au deuxième tour. Et une défaite cinglante pour le locataire de l'Elysée. Il n'en fallait pas plus aux chroniqueurs pour se moquer de "ce slogan de l'oser"et du manque de culture politique de communiquants  payés à prix d'or. Autant utiliser un "sloganiseur", une machine qui fabrique aléatoirement des formules choc à base de mots clés comme "courage", "action", "ensemble", "unis"...


  A croire que le candidat-Président n'est pas superstitieux. Et que ses conseillers qui travaillent sur ses plans com sont un peu légers.

En principe, le B.A.BA du métier est de vérifier si la formule n' a pas déjà été enregistrée. La base. Seuls des amateurs n'y pensent pas. Ce n'est pas le genre de piège dans lequel peuvent tomber les pros du Château. Le chef d'Etat est un ancien avocat d'affaires, bien au fait du droit des marques... Et dans son entourage, on ne compte plus les énarques, les Normaliens et les anciens élèves d'HEC... Autant dire des têtes bien pleines et bien rémunérées. Pas de risques de ce côté là.

Enfin, c'est ce que l'on aurait pu imaginer. Laurence Henriot, une consultante en communication et en management avait déjà déposé le slogan "La France forte" le 14 janvier 2002 à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). De fait, cette jeune femme qui donne des cours à l'école de communication visuelle est aujourd'hui la seule à pouvoir utiliser "La France forte" pour des affiches et des tracts. Que cela soit pour des pubs, des études d'opinion, l'experte de la Rue de la Pompe dans le XVI ème arrondissement de Paris est la seule habilitée à employer la formule. A moins qu'elle ne la cède contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Chapeau les gars ! Ce n'est pas grave : ce n'est pas vous qui payez ! Mais, c'est qui au fait? Les frais de campagne sont remboursés aux candidats s'ils font plus de 5 %. Du coup, ce ne serait pas? Si, si, c'est nous. Au bout du compte.



A peine son interview avec Laurence Ferrari terminée, Nicolas Sarkozy a lancé son site de campagne Lafranceforte.fr et dévoilé son affiche.  On retrouve le candidat de profil regardant droit devant, mûr, sûr de lui. Dans son dos, un ciel bleu foncé et une mer calme. Une silhouette rassurante qui fait penser à celle de François Miterrand posant dans les mêmes conditions en 1988. Même composition, mêmes teintes. Une présence réconfortante qui correspond bien à l'image qu'on se fait d'un président gardant le cap malgré les intempéries. Il a une vision, il pointe la direction à suivre. 



La mer en fond symbolise le mouvement. Elle magnifie le charisme du héros, du commandant que rien ne fait vaciller. Déterminé. Rassembleur. Un pied de nez à son rival socialiste que Mélenchon décrivait en octobre 2011 comme un capitaine de pédalo. En ces temps de crises, crise de la dette, crise de l'euro, l'objectif  des publicitaires était de montrer que le pays est bien conduit d'une main ferme.


Seul problème : la photographie utilisée pour l'affiche n'a pas été prise en France, comme on aurait pu le supposer mais… en Grèce. Le paysage marin en arrière-plan du visage du président de la République n'est autre que la mer Egée. Quand on vante le made in France, la France forte qu'on est le chef d'un pays qui compte 1948 km de cote et quelques unes des plus belles plages d'Europe, cela fait désordre. 


Mer du nord? Manche? Golfe de Gascogne? Tout le monde se demandait quel était le littoral derrière le président sortant. Le dernier mot est revenu à Jean Saurien, alias @schloren. L'internaute a récupéré le cliché sur le site du Figaro et s'est penché sur la signature numérique du fichier source. Un coup d'oeil sur les données EXIF de l'image d'origine, sur son nom et sa provenance et quel ne fut pas son étonnement de découvrir que le cliché provenait d'une banque d'images privées Tetraimages et que son titre libellé en anglais était "Greece, clouds over Aegean Sea". Afficher la Grèce comme référence, ça la fiche mal,  à un moment où notre partenaire est au bord de la faillite et que le Pirée est devant elle. AAA !!!



Entre les ratés du slogan, sa photo mal choisie, l'affiche est devenue en quelques heures l'objet de multiples détournements. Les premiers ont joué sur les mots. La France forte s'est rapidement transformée en France Morte. Une lettre vous manque et tout est dépeuplé. On aime ou on aime pas... Ce n'est pas pire que La France Farte avec un grand marin en premier plan, le surfeur du net : Brice de Nice...


Lettres ou le néant. Autre jeu de mot : "La France frotte" comme pour signaler qu'il fallait passer l'éponge sur les erreurs du passé. 



D'une blague à l'autre, les facétieux ont tout de suite fait le rapprochement avec la saucisse de Franckfort. Le président ne jurant que par le tandem franco allemand et le modèle social d'Outre Rhin, les allusions à la cuisine germanique et la choucroute n'ont pas tardé.  Les rigolos en ont fait leurs choux gras...



De Franckfort à Franc fort, les souverainistes qui n'ont de cesse de critiquer le rapprochement avec la Chancelière et notre faible marge de manoeuvre budgétaire  ont sauté sur l'occasion. 


En quelques heures, la création de l'Elysée, objet de nombreuses retouches sur Photoshop, est devenue un "meme" à l'image de l'homme nu de La Redoute, habillé pour l'hiver. 



Cela l'affiche mal... Les parodies pullulant, les jeunes socialistes ont monté un site au nom ironique : mafranceforte.com. Ils y ont posté dès le lendemain de la déclaration officielle des dizaines de détournements. 

  Les militants à la Rose se sont défoulé reprenant avec férocité  l'image du capitaine à la dérive, de son bateau et de son philosophe préféré. Un quart Ferry et trois quart d'eau.  


Sans pitié, ils s'en sont donné à coeur joie, venant à lui souhaiter du repos et des vacances méritées. Avec le sourire. "Même si les retoucheurs ne croient pas tous Hollandemains qui chantent, la plupart ne veulent pas que Sarkommence..".

















La campagne est enfin lancée. On verra bien comment on la récupérera. Et qui campagne dit plans com. Les staff tentent tant bien que mal de copier la stratégie de Barack Obama il y a cinq ans. Ce mercredi, Nicolas Sarkozy a inauguré sa timeline sur Facebook, un beau CV numérique où on y découvre ses principaux faits d'armes avec de nombreuses photos et vidéos. Une belle page qui présente l'avantage de ne pas accueillir de propos désobligeants à la différence de son ancien compte, sa "fan page" où ses partisans mais aussi ses détracteurs commentaient la moindre de ses interventions. Une timeline où on le  découvre au mieux de sa forme avec ses conseillers et ses proches. Mais où il a oublié certains détails moins glorieux comme le diner au Fouquet's, la venue de Kadhafi ou les malheurs d'Eric Woerth, le trésorier de la  campagne de 2002. Il y narre son histoire, son e-story. Des oublis vite réparés par Côme et Antoine,  deux acteurs à l'humour grinçant... Voici leur Sarko story...


Le président souhaitant investir le net, le chef de l'Etat s'est également créé un compte sur Twitter, distinct de celui de l'Elysée. Un franc succès. Au bout de deux messages, il se vantait d'avoir fédéré 48 000 followers en 12 heures. Un tiers du score de François Hollande qui assez actif sur la toile en affiche plus de 150 000. Petit hic : la revue PC Impact s'est aperçu que les chiffres avaient été légèrement trafiqués. La plupart des comptes de ces fans ne comportent ni photo, ni bio et n'ont jamais émis de messages. De fait, beaucoup ont été créé le jour même pour gonfler les statistiques. Un mauvais buzz pour l'ancien maire de Neuilly qui mise beaucoup sur le web pour refaire sur son retard dans les sondages et retrouver un second souffle. 


Avec tous ces nouveaux médias, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver. Surtout quand on est étranger. Pour mieux faire comprendre les subtilités de la cuisine électorale française à ses téléspectateurs, Jim Bitterman, le correspondant de CNN à Paris, s'est mis aux fourneaux. Plutôt cocasse. Le journaliste un brin toqué  a en effet tourné une vidéo très didactique et plein de malice où il fait une habile comparaison entre le scrutin d'avril et la préparation d'une quiche. Les élections présidentielles françaises expliquées par un grand pro de l'info, c'est tout de suite plus digeste. Une démonstration enlevée qui ne manque pas de sel.  D'autant plus qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère. Savoureux.